Au-dessus de Tanger

EVITER QUE LA FRONTIERE DEVIENNE UN « MUR »

Comment, aujourd’hui, trouver les opportunités de progrès permettant un vrai développement ?

La pandémie a conduit à la fermeture des frontières, à une contraction historique des échanges et à un changement des mentalités, concernant la mondialisation, ses opportunités et ses dérives.

La réouverture des frontières menace d’être fastidieuse, le trafic aérien semble durablement atteint et des questions se posent sur ce que seront demain les échanges internationaux. Surtout, les entreprises de taille moyenne et intermédiaire, qui ont un intérêt à s’internationaliser, sont dans l’incertitude sur la conduite à tenir.

Dans ce contexte, comment envisager les projets de développement ? Certains ont commencé à gloser sur une possible relocalisation des activités, mais il est clair que celle-ci ne solutionnera pas les problèmes de l’emploi, ni de redémarrage de l’industrie, tant ce repositionnement sera parcellaire et ne concernera que des cas particuliers.

Face aux blocages psychologiques et idéologiques, qui obscurcissent nos représentations du développement à l’international et particulièrement aujourd’hui de « la frontière », il est nécessaire d’identifier les pistes d’un développement durable bien compris, fait de culture partagée et de partenariats.

Des rigidités accrues

Les frontières nationales se sont physiquement renforcées, et les frontières culturelles se sont également, consciemment ou inconsciemment, renforcées dans les esprits. Tout cela rend délicat et difficile la conception de projets à l’international. A la recherche de compréhension mutuelle, dont on pouvait penser qu’elle devait présider aux échanges internationaux, beaucoup semblent aujourd’hui préférer la rivalité. Où se situe aujourd’hui l’équilibre entre coopération et concurrence et même rivalité ?

L’expérience des relations tendues et incertaines avec la Chine et la prise de distance des Etats-Unis ont mis en évidence, en Europe, la nécessité pressante de prendre en compte au niveau régional les questions de sécurité de long terme dans les relations internationales.

Une nouvelle donne économique pour les dirigeants d’entreprises

Après un quasi-arrêt de l’activité économique, la reprise n’est pas un simple redémarrage ; selon les secteurs, les données du marché ont changé et les chaines de valeur sont totalement remises en cause. Dans cette incertitude quant à la continuité des affaires, il est clair qu’une majorité de chefs d’entreprise anticipe une baisse de l’investissement sur l’année à venir. Des choix seront donc à faire pour les projets.

Selon Ernst & Young : « Les dirigeants vont faire de forts arbitrages autour des plans de relance et réfléchissent au meilleur équilibre entre reshoringnearshoring et offshoring ». Selon la même enquête, « 83% des dirigeants dessinent plutôt une régionalisation des supply chains, avec un rapprochement de certains sites de production et de leurs chaînes de valeur aux frontières de l’UE mais aussi en Afrique[1]. »

L’opportunité se situe dans un périmètre défini

Dans ce cadre, la diversification et la mise en place de projets de codéveloppement à l’international devient une option prioritaire. Option que certains ont déjà exploitée, comme notamment les industries de l’aéronautique en Occitanie, mais qui devient une opportunité de survie pour beaucoup. Il s’agit d’identifier les possibilités de lancer un projet, qui vient en complémentarité de l’activité initiale et permet de viabiliser celle-ci en la développant et en pérennisant les emplois qui vont avec.

Les pistes à étudier se trouvent dans ce qu’il est convenu d’appeler l’étranger proche sécurisé ; des pays avec lesquels les relations sont stables et avec lesquels les échanges se font dans la continuité.

Une nouvelle représentation de la frontière

Quelle porosité de la frontière et évolution des critères de franchissement dans une conception partagée ? Les relations internationales sont non seulement marquées par la crise sanitaire, mais aussi par les rancœurs liées aux inégalités et à une histoire qui souligne un besoin de justice et souvent des réparations.

Si elle veut mener une action durable à l’international, une organisation ne peut s’abstraire du contexte socio-politique interculturel. Elle doit prendre en compte les éléments structurants sur le long terme de l’écosystème dans lequel elle cherche à prendre place. Il faut prendre en compte les continuités et les discontinuités de part et d’autre des frontières à franchir, car si cela n’était déjà pas anodin avant la crise, ça l’est encore moins après.

C’est la mise en place d’une interculturalité de projet, avec des interlocuteurs et des partenaires réellement impliqués et sélectionnés à cet effet pour leurs compétences, qui permet un aménagement humain qualitatif du partenariat et de la coopération. Une véritable coopération ne saurait se contenter d’une juxtaposition d’activité. Sans aller jusqu’à la fusion, qui est bien sûr une option stratégique et économique, l’alliance ou le partenariat sont des paliers très efficients pour la coproduction, c’est-à-dire pour la production en commun de produits ou de services entrants dans la chaîne de valeur.

Assurer la faisabilité et l’atteinte des objectifs

Aujourd’hui, aller à l’international n’est plus aller vers l’inconnu, mais contrairement à ce que laissent parfois penser les médias, nous ne sommes pas non-plus dans un village mondial mono-culturel.

L’économie s’intègre dans un paysage culturel, social, juridique, qui marque de manière importante l’environnement et les perspectives des affaires.

Des compétences spécifiques sont donc à mettre en place, une fois l’opportunité identifiée, pour assurer la conception stratégique et la faisabilité des modalités pratiques conduisant à l’acquisition des objectifs et du but de l’organisation.

Mais cela n’est en rien insurmontable. Il serait probablement plus difficile d’essayer d’assurer un développement à son organisation et à son projet en demeurant dans les espaces locaux enclavés, où le clientélisme et l’entre-soi détruisent la compétitivité, sans que jamais personne n’ose y trouver à redire.

[1] https://www.ey.com/fr_fr/attractiveness/quand-la-crise-rebat-les-cartes-de-l-attractivite

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